L'organisateur français qui vend des billets a deux obligations distinctes, qu'il vaut mieux ne pas confondre. La première est la facture électronique entre entreprises, qui transite par une plateforme immatriculée par l'administration. La seconde est l'e-reporting : transmettre au fisc les données de billetterie vendue aux particuliers, cumulées par jour et par taux de TVA.
La réforme est déjà en marche. La fiche 1 de la Direction générale des Finances publiques (DGFiP), mise à jour en juin 2026, s'ouvre sur une phrase au présent : « Depuis le 1er septembre 2026, votre entreprise doit être en mesure de recevoir des factures sous format électronique ». Voici ce qui vous concerne aujourd'hui, ce qui arrive en 2027 et ce que vous devez exiger de votre système de billetterie pour être prêt à temps.
Qu'est-ce qui change depuis le 1er septembre 2026 pour un organisateur en France ?
Ce qui change, c'est qui peut vous envoyer une facture et comment. Depuis cette date, toute entreprise assujettie à la TVA et établie en France doit pouvoir recevoir des factures électroniques, et les grandes entreprises ainsi que les entreprises de taille intermédiaire (ETI) doivent toutes les émettre. C'est ce que rapporte la fiche 1 de la DGFiP, et la fiche officielle de entreprendre.service-public.gouv.fr la confirme en délimitant le périmètre : « toutes les entreprises établies en France et assujetties à la TVA ».
Le canal est obligatoire. L'article 289 bis du code général des impôts impose que l'émission, la transmission et la réception des factures électroniques se fassent « en recourant à une plateforme agréée ». La DGFiP le dit sans détour dans sa fiche 1 : la facture papier scannée, le PDF ordinaire ou le document généré par le logiciel de comptabilité et envoyé par e-mail « n'est plus conforme à la réglementation ».
| Taille de l'entreprise | Recevoir des factures électroniques | Les émettre et transmettre des données |
|---|---|---|
| Grande entreprise : effectif > 5 000, ou chiffre d'affaires > 1,5 Md€ et total de bilan > 2 Md€ | 1er septembre 2026 | 1er septembre 2026 |
| ETI : effectif entre 250 et 5 000, chiffre d'affaires < 1,5 Md€ ou total de bilan < 2 Md€ | 1er septembre 2026 | 1er septembre 2026 |
| PME : effectif entre 10 et 250, chiffre d'affaires < 50 M€ ou total de bilan < 43 M€ | 1er septembre 2026 | 1er septembre 2027 |
| Microentreprise : effectif < 10, chiffre d'affaires < 2 M€ ou total de bilan < 2 M€ | 1er septembre 2026 | 1er septembre 2027 |
Source des seuils et des dates : fiche 1 de la DGFiP, mise à jour de juin 2026.
Presque aucun organisateur indépendant, salle de concerts ou société de production de festivals ne figure dans les deux premières lignes. En pratique, la plupart des organisateurs français n'ont aujourd'hui qu'une obligation de réception, et un an devant eux pour le reste. Ce n'est pas une raison d'attendre : le calendrier du 1er septembre 2027 s'applique aussi aux indépendants en franchise en base de TVA de l'article 293 B du CGI, que la fiche 1 mentionne expressément.
Faut-il émettre une facture électronique pour chaque billet vendu ?
Non, quand l'acheteur est un particulier. L'obligation de l'article 289 bis couvre les opérations entre assujettis à la TVA établis en France. Un billet vendu à une personne physique n'est pas une opération B2B : il ne génère donc pas de facture électronique, mais une autre obligation, l'e-reporting de transactions.
La fiche de la DGFiP sur la transmission des données de transactions le définit dans son premier cas de figure : les opérations « réalisées avec une personne non assujettie (dites B2C), par exemple avec des particuliers ou des associations à but non lucratif ». La vente de billets au grand public relève de cette catégorie. Le fondement légal est l'article 290 du CGI, qui oblige à communiquer à l'administration, par voie électronique et via la plateforme agréée choisie, les données de ces opérations.
La billetterie, elle, ne change pas. Les mentions obligatoires du billet et la déclaration du système informatisé restent là où elles étaient, à l'article 290 quater du CGI et à l'annexe IV ; nous les avons déjà détaillées dans le guide comment vendre des billets en France : récépissé, TVA et taxe CNM. Les deux couches coexistent : le billet atteste le droit d'entrée, l'e-reporting informe le fisc du volume.
Quelles données de billetterie transmettre, et à quelle fréquence ?
Des données agrégées, jamais nominatives. La fiche de la DGFiP est explicite : l'e-reporting B2C se compose de « données cumulées par jour, de chiffre d'affaires HT soumis à la TVA permettant d'obtenir les bases HT réparties par taux de TVA et les montants de TVA par jour », et elle ajoute qu'« aucune donnée à caractère personnel (par exemple le nom du client) n'est transmise ». Ni noms, ni e-mails, ni numéros de commande.
La liste des champs publiée dans cette même fiche comprend le SIREN du fournisseur, la période, la date des transactions, la catégorie de l'opération (pour une vente de billets, une prestation de services soumise à la TVA) et le total hors taxes par taux d'imposition avec son montant de TVA. Pour une billetterie française, cela signifie ventiler par taux : 2,10 % de l'article 281 quater du CGI pour les 140 premières représentations, 5,5 % de l'article 278-0 bis F pour les droits d'entrée et 20 % pour ce qui relève du taux normal, une répartition que nous détaillons dans le guide fiscal de la vente de billets en France.
| Régime de TVA | Fréquence d'envoi | Délai |
|---|---|---|
| Réel normal mensuel | Par décade : 1er au 10, 11 au 20 et 21 à la fin du mois | 10 jours après chaque période (le 20, le 30 et le 10 du mois suivant) |
| Réel normal trimestriel (moins de 4 000 € de TVA par an) | Mensuelle | Avant le 10 du mois suivant |
| Simplifié de TVA | Mensuelle | Entre le 25 et le 30 du mois suivant |
| Franchise en base de TVA | Tous les deux mois | Entre le 25 et le 30 du mois suivant la fin de la période |
Source : fiche d'e-reporting de transactions de la DGFiP, version de septembre 2025. La fiche elle-même précise que ces données seront mises à jour en raison de la suppression du régime simplifié à partir du 1er janvier 2027.
Pour un festival, la décade est le détail qui bouscule les calendriers. Un événement qui vend l'essentiel de ses pass entre le 1er et le 10 d'un mois doit avoir transmis ces données le 20, alors que l'équipe est encore en plein montage. C'est notre lecture des délais de la fiche, pas un avertissement de l'administration.
Que se passe-t-il pour les données d'encaissement des billets ?
C'est un envoi distinct, qui concerne directement la billetterie. La fiche d'e-reporting des paiements de la DGFiP explique qu'elle couvre « toutes les opérations dont l'exigibilité de la TVA est l'encaissement (par exemple les prestations de services, les acomptes…) ». Vendre un billet est une prestation de services : sauf option pour le paiement de la TVA d'après les débits, l'impôt est exigible à l'encaissement.
La même fiche place la vente aux particuliers dans le cas qui impose les deux envois : « l'entreprise fournisseur déposera un e-reporting de transactions et un e-reporting de paiement ». Le contenu, lorsqu'aucune facture électronique n'est émise, est un fichier XML avec « le montant encaissé par jour réparti par taux de TVA ».
La fréquence est plus souple que pour les transactions : mensuelle, avant le 10 du mois suivant, pour le régime réel normal mensuel et pour le trimestriel ; entre le 25 et le 30 du mois suivant en régime simplifié ; tous les deux mois en franchise. Le client ne transmet rien : la fiche l'indique dans son encadré « Bon à savoir ».
Quelles factures de votre événement sont électroniques ?
Celles que vous émettez à une autre entreprise française. Un contrat de sponsoring, la cession d'un spectacle à un autre producteur, la vente d'un lot de billets à une société pour ses clients, la location de votre salle : tout cela est du B2B et entre dans le circuit de l'article 289 bis dès que votre entreprise doit émettre. Entrent aussi, de l'autre côté, les factures de vos fournisseurs : sonorisation, sécurité, restauration, agence.
Le contenu change. L'article 242 nonies A de l'annexe II du CGI ajoute aux mentions classiques le numéro d'identification du client, l'adresse de livraison lorsqu'elle diffère de celle du client et l'indication précisant si l'opération consiste en des livraisons de biens, des prestations de services ou les deux. Sans l'identifiant du client, la facture ne peut pas être acheminée.
Les formats ne sont pas libres non plus. L'arrêté du 27 juillet 2026 fixe les normes admises à l'article 41 septies C : profil EN 16931 en CII, profil EXTENDED-CTC-FR en CII, les mêmes deux profils en UBL et le format mixte XML avec PDF/A-3, avec la norme XP Z12-012 de l'Association française de normalisation comme référence. Si votre cabinet comptable vous dit qu'il continue d'envoyer des PDF par e-mail, c'est la conversation à avoir cette semaine. Le schéma européen se répète : nous l'avons raconté pour la E-Rechnung allemande et pour la facturation via Peppol en Belgique.
Et si votre entreprise est en Espagne et vend des billets en France ?
L'obligation de facturation électronique ne vous atteint pas du seul fait de vendre en France. La fiche de service-public la limite aux entreprises « établies en France ». Une société espagnole sans établissement stable en France n'a pas à émettre ses factures via une plateforme agréée française, même si elle est identifiée à la TVA française.
L'e-reporting est une autre affaire. La fiche de la DGFiP inclut expressément les opérateurs étrangers : « les entreprises étrangères sont soumises à l'obligation de e-reporting, dès lors que l'opération qu'elles réalisent s'effectue avec une personne non assujettie ou avec un client assujetti non établi en France et que l'opération est soumise à TVA française au regard des règles du Code général des impôts ». Vendre des billets d'un concert organisé en France à un public français correspond à cette description.
Il existe une porte de sortie documentée. La fiche exclut elle-même de l'e-reporting B2C « les opérations avec un non-assujetti si l'opérateur non établi en France est inscrit à un guichet de TVA européen », c'est-à-dire le guichet unique OSS-IOSS. L'AEAT décrit le régime de l'Union comme celui applicable aux « prestaciones de servicios a personas que no tengan la condición de empresario o profesional actuando como tales, y que estén establecidas en la Comunidad, pero en un estado miembro distinto » (prestations de services à des personnes qui n'ont pas la qualité d'entrepreneur ou de professionnel agissant en tant que tels, et qui sont établies dans la Communauté, mais dans un État membre différent) de celui où le prestataire est établi. Si vous vendez des billets en France depuis l'Espagne, la question à poser à votre conseiller fiscal n'est pas de savoir si vous vous adaptez à l'e-reporting français, mais si vos ventes sont déclarées via le guichet unique. C'est notre lecture des deux documents cités ; la décision dépend de la localisation de chaque opération.
Combien coûte le non-respect ?
Les amendes sont unitaires, plafonnées par an, et prévues par deux articles. L'article 1737 du CGI sanctionne le manquement à l'obligation d'émettre sous forme électronique de 50 euros par facture, sans que le total de l'année civile puisse dépasser 15 000 euros. L'article 1788 D punit le défaut de transmission des données des articles 290 et 290 A de 500 euros par transmission, avec le même plafond de 15 000 euros par an.
| Manquement | Montant | Plafond annuel | Base légale |
|---|---|---|---|
| Facture non émise sous forme électronique | 50 € par facture | 15 000 € | Art. 1737 CGI |
| Données de transaction ou de paiement non transmises | 500 € par transmission | 15 000 € | Art. 1788 D CGI |
| Plateforme agréée qui manque à la transmission | 750 € par transmission | 100 000 € | Art. 1788 D CGI |
| Absence de recours à une plateforme agréée en réception | 500 €, et 1 000 € en cas de récidive trimestrielle, après mise en demeure de 3 mois | — | Art. 1737, IV bis CGI |
Montants en vigueur après l'article 123 de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026, qui a en outre remplacé la dénomination « opérateur de plateforme de dématérialisation » par « plateforme agréée ».
Deux nuances atténuent le coup. L'article 1788 D exonère de l'amende lorsqu'il s'agit de la première infraction de l'année en cours et des trois précédentes et qu'elle est corrigée spontanément ou dans les 30 jours suivant la première demande. Et le guide pratique de démarrage de la DGFiP, de juillet 2026, annonce qu'« il n'y aura pas d'application des sanctions aux entreprises rencontrant des difficultés dans la mise en œuvre de la réforme mais qui sont engagées dans une trajectoire sérieuse de mise en conformité », avant de fermer la porte à la lecture de confort : « Cette approche ne constitue ni un report ni une suspension de l'obligation ».
Que doit vous fournir votre système de billetterie ?
Quatre choses, et aucune n'est exotique. Premièrement, un rapport de ventes avec base imposable et montant de TVA par jour et par taux de TVA, qui est exactement le format demandé par la fiche d'e-reporting de transactions. Deuxièmement, le montant encaissé par jour ventilé par taux, pour l'e-reporting de paiements. Troisièmement, la date d'encaissement distincte de la date de l'opération, car pour une prestation de services la TVA est exigible à l'encaissement. Quatrièmement, un export dans un format que votre plateforme agréée ou votre logiciel de facturation peuvent lire sans travail manuel.
Le guide pratique de la DGFiP admet la voie intermédiaire : les données peuvent parvenir à la plateforme agréée « par l'intermédiaire d'une solution compatible par exemple un logiciel (de facturation ou de caisse) ». Votre système de billetterie peut être cette solution compatible, mais l'obligation reste la vôtre. Demandez par écrit à votre fournisseur ce qu'il exporte et à quelle périodicité avant de signer.
Et Futura Tickets, que couvre-t-elle de tout cela ?
Soyons clairs : Futura Tickets n'est pas une plateforme agréée française et ne transmet l'e-reporting au nom de personne. Cet envoi est effectué par l'organisateur via la plateforme agréée qu'il choisit dans la liste officielle d'impots.gouv.fr. Ce qu'une plateforme de billetterie apporte, en revanche, c'est la matière première : avec Futura Tickets, 100 % des données de vente et de participants appartiennent à l'organisateur, de sorte que la ventilation quotidienne par taux de TVA et par date d'encaissement peut être exportée et remise à la personne qui gère la facturation. Si vous comparez des systèmes, la question utile se trouve dans ce qu'il faut demander à une plateforme de billetterie : non pas qui prétend respecter la norme française, mais qui vous fournit la donnée dans le format que la norme exige.
Liste de contrôle avant la prochaine transmission
- Vérifiez dans quelle catégorie vous êtes. L'effectif, le chiffre d'affaires et le total de bilan déterminent si vous émettez dès 2026 ou à partir de 2027. Les seuils figurent dans la fiche 1 de la DGFiP.
- Désignez dès maintenant une plateforme agréée, même si vous ne faites que recevoir. L'obligation de réception n'admet aucun report depuis le 1er septembre 2026 et l'article 1737, IV bis, prévoit mise en demeure et amende.
- Demandez à votre billetterie le rapport quotidien par taux de TVA. Base et montant de TVA, en séparant 2,10 %, 5,5 % et 20 % selon le spectacle.
- Séparez vente et encaissement dans vos rapports. L'e-reporting de paiements exige le montant encaissé par jour et par taux.
- Reportez les délais par décade dans le calendrier de production. Si vous êtes en régime réel normal mensuel, le 20 tombe en pleine semaine de montage de nombreux festivals.
- Révisez les mentions de vos factures B2B. Identifiant du client, adresse de livraison et nature de l'opération, selon l'article 242 nonies A de l'annexe II.
- Conservez la trace de vos démarches. Le guide de la DGFiP valorise les contrats avec la plateforme, les calendriers de raccordement, les tests et les tickets de support comme preuve d'une « trajectoire sérieuse ».
- Si vous opérez depuis l'Espagne, réglez d'abord la question du guichet unique. De là dépend que l'e-reporting français vous concerne ou non.
Conclusion
La France a séparé deux flux qui arrivent ensemble chez un organisateur : les factures entre entreprises, qui circulent par des plateformes immatriculées, et les données de billetterie, qui circulent agrégées par jour et par taux de TVA. La première obligation est déjà exigible pour la réception ; la seconde atteint les PME le 1er septembre 2027. Le vrai travail ne tient pas à la norme, mais au fait que le système avec lequel vous vendez vos billets sache exporter la donnée que la norme demande, avec la date d'encaissement et le taux corrects. Qui règle cela en 2026 arrivera en 2027 en changeant un paramètre, pas un fournisseur. Et pour le contexte fiscal complet du pays, il y a le guide sur la vente de billets en France et celui sur la capacité d'accueil et la sécurité en ERP de type L.
Sources
- DGFiP, fiche 1 : « Que va-t-il se passer pour mon entreprise en matière de facturation ? », mise à jour de juin 2026
- DGFiP, fiche « La transmission des données de transactions (ou e-reporting) », version de septembre 2025
- DGFiP, fiche « La transmission des données de paiement (e-reporting de paiement) », version de septembre 2025
- DGFiP, « Facturation électronique : guide pratique de démarrage au 1er septembre 2026 », juillet 2026
- impots.gouv.fr, liste officielle des plateformes agréées
- Légifrance, article 289 bis du code général des impôts
- Légifrance, article 290 du code général des impôts
- Légifrance, article 1737 du code général des impôts
- Légifrance, article 1788 D du code général des impôts
- Légifrance, article 242 nonies A de l'annexe II du code général des impôts
- Légifrance, arrêté du 27 juillet 2026 relatif à la généralisation de la facturation électronique
- Légifrance, article 123 de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026
- Service-public.gouv.fr (Entreprendre), fiche F23208 sur la facturation électronique
- AEAT, questions générales sur les guichets uniques de TVA dans le commerce électronique
